Présentation détaillée de la démarche

I)L’exhortation : Evangelii Gaudium


La démarche repose sur trois messages centraux de l’exhortation du Pape « Evangelii Gaudium » qui se complètent les uns les autres.


1°premier message : le chrétien se définit comme « une mission sur cette terre » (exhort 273)


Le pape écrit « je suis une mission sur cette terre » et précise « c’est pour cela que je suis dans ce monde. » (exhort 273).


Il insiste longuement sur ce message :

« La mission au cœur du peuple n’est ni une partie de ma vie ni un ornement que je peux quitter, ni un appendice ni un moment de l’existence. Elle est quelque chose que je ne peux pas arracher de mon être si je ne veux pas me détruire. » (Exhort 273)

La mission n’est pas une des activités du Chrétien parmi d’autres, elle est ce qui le définit ce sans quoi il ne peut pas vivre véritablement, ce qui donne sens à sa vie.


Le Pape cite Saint Paul qui écrit « malheur à moi si je n’évangelise pas ! » et, en écho à cette parole parle de « lent suicide » (exhort 272) quand nous fuyons la mission.


Au début des évangiles de Saint Mathieu et de Saint Marc, les premiers mots de Jésus aux apôtres Pierre et André qu’il n’avait encore jamais abordés sont « Venez à ma suite et je ferai de vous des pêcheurs d’hommes » (Marc II vers 17), (Mat IV vers19). (Les deux textes sont identiques).


Jésus n’a pas dit à Pierre et André « une des fonctions que je vous proposerai sera d’être pêcheur d’hommes » mais il les a définis de manière nouvelle, il leur a donné une nouvelle identité, celle de «pêcheurs d’hommes ».


Cette identité est identique à celle de « mission sur cette terre ». « Je ferai de vous des pêcheurs d’homme » est une autre façon de dire « vous serez mission sur cette terre ».


Le message du Pape n’est donc qu’une actualisation du premier message du Christ à ses apôtres appliquée à aujourd’hui. Ce n’est ni une nouveauté, ni une représentation allégorique de ce qu’est le chrétien il ne devrait pas nous étonner, c’est une suite logique « normale », de l’enseignement du Christ.


Fabrice Hadjadj présentait ainsi dans un courrier les parcours La Joie de l’Evangile au Cardinal Barbarin début 2018 :

« Il s’agit de parcours pour des collégiens et des lycéens, à partir de l’exhortation Evangelii Gaudium. L’enjeu est de pousser les jeunes, non pas à être des pratiquants, ce qui n’a rien de très excitant, mais à devenir missionnaires, et même plus radicalement de découvrir qu’ils sont chacun « une mission sur cette terre. »


Être mission, pour les jeunes, c’est engageant, exigeant. C’est devenir actif, moteur et pleinement vivant dans l’Eglise, c’est un défi passionnant. Qu’ils soient au départ chrétien ou non, ils sont attirés par ce positionnement qui leur permet l’action et donne un sens à leur vie.


Dans un second temps, pour nourrir la mission, et non parce que cela fait partie d’un cursus initiatique dont ils ne saisissent plus le sens, ils deviennent plus disponibles pour recevoir les sacrements et vivre la pratique religieuse.


La mission n’est pas seulement essentielle pour vivre en chrétien, elle est motivante pour les jeunes, et nous le constatons de manière étonnante dans nos parcours, simplement parce qu’elle est la vie et que les jeunes aiment la vie.


2° deuxième message : la progression dans la vie spirituelle n’est pas possible si nous ne sommes pas missionnaires.


Le Pape écrit : « Si nous voulons grandir dans la vie spirituelle, nous ne pouvons pas cesser d’être missionnaires. » (Exhort. 272). »


La mission comme l’écrit Fabrice Hadjadj n’est pas un petit complément spirituel, elle est indispensable pour la croissance spirituelle de la personne.

C’est un élément fondamental sur lequel on ne peut pas faire l’impasse.

Les mots du Pape sont encore là très proches de ceux de Jésus, presque identiques à son message à Pierre et André :

- Le Pape nous explique que pour grandir dans la vie spirituelle nous devons devenir missionnaires.

- Jésus explique à André et Pierre que le fait de le suivre implique qu’ils seront des pêcheurs d’hommes c’est-à-dire des missionnaires.


L’appel à la mission et son apprentissage doivent donc être une composante de l’initiation et de la vie de chaque chrétien et des jeunes en particulier.


3° Troisième message : Tout chrétien doit annoncer l’Evangile très rapidement


Attention ! La mission n’est pas réservée aux seuls apôtres.


Le Pape proclame « Tout le peuple de Dieu annonce l’Evangile » (exhort 110).


Il insiste : « Chaque baptisé, quelle que soit sa fonction dans l’Église et le niveau d’instruction de sa foi, est un sujet actif de l’évangélisation ».


Il ajoute : « Le chrétien n’a pas besoin de beaucoup de temps de préparation pour aller l’annoncer, il ne peut pas attendre d’avoir reçu beaucoup de leçons ou de longues instructions. » (Exhort. 120)


Et encore : « Et nous qu’attendons-nous ? Notre imperfection ne doit pas être une excuse. » (Exhort.120)


Enfin il précise pour qu’il n’y ait pas d’ambiguïté : « Il serait inadéquat de penser à un schéma d’évangélisation utilisé pour des acteurs qualifiés, où le reste du peuple fidèle serait seulement destiné à bénéficier de leurs actions. » (Exhorta. 120). »


Le Pape prend comme référence la Samaritaine qui n’était, ni longuement préparée, ni parfaite, quand, juste après avoir rencontré Jésus, elle est partie l’annoncer à son village. Bien qu’elle ait fait « de nombreux péchés », elle a été immédiatement féconde.


« Beaucoup de samaritains crurent en Jésus « à cause de la parole de la femme. » (Jean IV 39, et (Exhort. 120).


Jésus n’a pas attendu longuement pour annoncer à André et Pierre « je ferai de vous des pêcheurs d’hommes ».


Que ce soit la Samaritaine ou les disciples eux-mêmes, ils n’ont pas attendu longtemps pour annoncer Jésus. :

- Pour la Samaritaine c’est juste après avoir vu Jésus, avant toute formation approfondie qu’elle part évangéliser son village

- Quant à André L’évangéliste saint Jean en parle ainsi :

« André, le frère de Simon Pierre, était l’un des deux qui avaient entendu les paroles de Jean et suivi Jésus. Il rencontre au lever du jour son frère Simon et lui dit « nous avons trouvé le Messie-ce qui veut dire Christ. » Jean I verset 40.


Il annonce déjà Jésus à son frère Pierre avant même que Jésus lui ait adressé la parole. André était un pêcheur droit et intègre, mais il était loin d’être un érudit longuement formé !

Et Jésus a envoyé ses apôtres en mission bien avant la fin des trois ans passés avec eux.


4° Comment se situe Notre démarche ?


Le Pape exhorte fortement à entrer dans ce mouvement initié au concile, pour lui, c’est une urgence.


« L’activité missionnaire représente aujourd’hui encore le plus grand défi pour l’Eglise » (exhort 19),


« Il est vital qu’aujourd’hui l’Eglise sorte pour annoncer l’Evangile à tous, en tous lieux, en toutes occasions, sans hésitation, sans répulsion et sans peur » (exhort 20)


« Nous ne pouvons plus rester dans une attente passive à l’intérieur de nos églises »(exhort 15).


Il emploie des termes forts :

- « Il est vital », c’est-à-dire que c’est bien une question de vie ou de mort pour l’Eglise de sortir des églises

- « Le plus grand défi » c’est à dire la première priorité est l’activité missionnaire »


La démarche des parcours La Joie de l’Evangile consiste à nous inscrire dans cette dynamique. Elle propose aux jeunes une approche où le chrétien se présente comme « mission sur cette terre » et où eux les jeunes sont eux mêmes appelés à devenir mission.


Nous proposons aux personnes qui désirent évangéliser directement un moyen simple de le faire dans les collèges et les lycées et qui est fécond si certaines conditions sont respectées.


En première page du site internet de présentation de nos parcours (WWW. Lajoiedelevangile.fr) Margaux, 19 ans, de l’équipe « La Joie de l’Evangile » explique « Annoncer clairement que Jésus Christ est notre Seigneur, notre Sauveur et notre Roi » Puis elle ajoute « C’est ça qui touche les jeunes ».


C’est-à-dire :

- La mission d’annoncer clairement qui est Jésus pour nous est possible

- Et cette annonce claire et directe touche les jeunes.


II) Qu’est ce qui définit la mission ?


Le pape est clair :

« Il ne peut y avoir de véritable évangélisation sans annonce explicite que Jésus est le Seigneur » (Exhort. 110).


Et il ajoute : « sans qu’il n’existe un « primat de l’annonce de Jésus Christ » dans toute activité d’Evangélisation » (exhort 110). Le Pape précise encore « Quand nous disons que cette annonce est “la première”, cela ne veut pas dire qu’elle se trouve au début et qu’après elle est oubliée ou remplacée par

d’autres contenus qui la dépassent. Elle est première au sens qualitatif, parce qu’elle est l’annonce principale, celle que l’on doit toujours écouter de nouveau, de différentes façons, et que l’on doit toujours annoncer. » (Exhort. 164).


III) Les conditions de la mission


I° Le lien explicite au Seigneur


a) Pour les animateurs intensifier la relation aux Seigneurs pendant les parcours.


Nous pouvons difficilement annoncer le Seigneur et l’importance de la relation avec lui si nous ne sommes pas nous-même en relation avec lui.


L’animation des parcours nous incite donc, nous animateurs à renforcer cette relation et à intensifier nos temps de prière personnelle et en petits groupes.


Le Seigneur dit bien « sans moi vous ne pouvez rien faire » et « demandez et vous recevrez » Il est bon de lui laisser toute la place pour qu’il agisse de manière efficace.


b) Laisser la place au Seigneur durant chaque séance


Les parcours sont avant tout des lieux où nous laissons la place au Seigneur pour qu’il puisse se dire aux jeunes.


Le Pape écrit

 « Dans tous les baptisés, du premier au dernier, agit la force sanctificatrice de l’Esprit qui incite à évangéliser. Le Peuple de Dieu est saint à cause de cette onction qui le rend infaillible “in credendo”. Cela signifie que quand il croit il ne se trompe pas, même s’il ne trouve pas les paroles pour exprimer sa foi.

L’Esprit le guide dans la vérité et le conduit au salut. Comme faisant partie de son mystère d’amour pour l’humanité, Dieu dote la totalité des fidèles d’un instinct de la foi – le sensus fidei – qui les aide à discerner ce qui vient réellement de Dieu. (Exhort 119 ) »


Le parcours est un lieu de prière mais c’est aussi un lieu où nous essayons de créer les conditions pour que le jeune puisse laisser émerger en lui une parole intérieure qui vient de Dieu, qu’il laisse agir en lui la force sanctificatrice de l’Esprit, qu’il prenne l’habitude de laisser vivre « cet instinct de foi » dont parle le Pape.

En cela l’animation des petits groupes est particulièrement importante.


L’objectif est que le jeune puisse cueillir de l’intérieur la mission qui le définit ; qu’il ait la possibilité de devenir mission, d’annoncer le christ de manière explicite sans trop de préparation comme le demande le Pape, quitte à se former plus longuement par la suite.


2) Peut-on favoriser l’émergence d’une bonne terre apte à recevoir la parole ?


Notre démarche, sera féconde avant tout si les participants, les jeunes, ont en eux un certain nombre de dispositions intérieures qui leur permettent d’accueillir la parole, la démarche La joie de l’Evangile et de de devenir mission.


L’enjeu est pour nous animateurs de favoriser les dispositions intérieures permettant la rencontre du Seigneur par les jeunes.

Quelles sont ces dispositions intérieures ?


Saint Thomas définit deux facultés spirituelles fondamentales qui sont le propre de la personne humaine et qui la distinguent de l’animal à savoir :


- L’intelligence, c’est à dire l’ouverture à l’autre, la faculté qui permet d’accueillir en soi tout le réel, la vérité, de pénétrer au cœur de l’être : c’est l’ouverture à soi, au monde, à Dieu. La première qualité de l’intelligence est sa faculté de contemplation.


- La volonté : C’est-à-dire le désir fondamental du bien et la capacité à le mettre en œuvre.

Saint Thomas met en valeur le fait que la véritable formation ne consiste pas avant tout en un certain nombre de connaissances intellectuelles mais davantage dans la capacité à permettre l’ouverture de l’intelligence et la mise en œuvre de comportements ou vertus qui permettent à la personne de grandir.


Nous proposerons aux animateurs une formation qui intègre ces données pédagogiques afin :

- Qu’ils prennent conscience que ce sont ces deux attitudes qui doivent émerger chez les jeunes

- Et qu’ils aient des repères pour qu’eux, en tant qu’animateurs, ils puissent favoriser cette émergence.


3) ° Créer et faire vivre une petite communauté chrétienne.


« Annoncer clairement que Jésus Christ est notre Seigneur, notre Sauveur et notre Roi »

est inusuel et difficile dans le monde d’aujourd’hui.


Une telle annonce par une seule personne peut donner la sensation qu’il s’agit d’une exception, d’un cas isolé dans le monde d’aujourd’hui et que ça ne nous concerne pas.


Mais quand plusieurs témoins l’annonce à chaque séance la prise de conscience qu’une communauté, un peuple peut se lever pour l’annoncer, prend beaucoup plus de consistance.